Comment est fabriqué un tatami ?

Tout d’abord nous tenons à remercier M. Kunieda qui nous a ouvert les portes de son entreprise de fabrication de tatami. Le tatami est un élément traditionnel de la décoration japonaise. Les japonais allient souvent l’utilitaire à l’agréable, le tatami  apporte un confort supplémentaire :

  • isolation au sol
  • régulation de l’humidité
  • souplesse pour marcher pied nu

L’évolution des maisons japonaises, plus étanches, a fait que le tatami traditionnel, en paille de riz pour le tatami doko (garniture) et en igusa ou jonc pour le tatami omote (surface utile), a laissé la place à une version moderne avec une garniture en polyester, moins sensible à l’humidité. Le tatamigeri (de heri pour la bordure) n’est plus obligatoire avec les nouveaux matériaux : cela permet plus de liberté dans le design.

Une entreprise de tatami un peu différente

La plupart des tatamiya-san ou artisans fabriquent sur mesure en partie sur le site de pose. C’est pour cela que si vous souhaitez voir une fabrique artisanale, vous risquez de ne pas voir grand chose. L’entreprise de M. Kunieda est un peu différente : à l’origine distributeur de matériaux, le père s’est équipé de machines pour répondre aux commandes spéciales que les artisans ne pouvaient réaliser (forme ou épaisseur non standards). Le fils, après un passage en bureau d’étude d’architecture, a amené plus de technique – son père n’y connaissait rien en fabrication. Chaque employé a le même diplôme qu’un artisan. Ils sont capables de poser et de répondre à des commandes importantes, comme pour les hôtels, grâce à leur système de production.

artisan tatami japon

Un des artisans au travail sur un tatami fin sans heri, omote en polypropylène

Seulement une dizaine d’entreprises de ce genre existe au Japon.

Voyons voir la comment est fabriqué un tatami en suivant leur process de production. Pour les artisans c’est pareil, sauf qu’ils ne possèdent qu’une ou deux machines (machine à coudre le tatami, machine à coudre les heri ou bordure).

La fabrication d’un tatami

Le tatami est composé de plusieurs couches cousues entre elles. On parle de tatami omote pour la partie supérieure, de tatami doko pour la partie intérieure. En fonction du type de tatami, il peut être nécessaire d’y ajouter une bordure (heri) pour solidariser le tout : le tatamigeri. Chaque partie est réalisée puis assemblée selon un ordre spécifique que nous allons voir.

japon tatami doko

Différentes parties du tatami (ici un tatami moderne avec un tatami doko en polystyrène)

  • Etape 1 : le tatami doko

Si la plupart des artisans travaillent avec des tatami doko tout faits, l’entreprise de M. Kunieda a un savoir faire reconnu dans l’assemblage multicouche. Plusieurs types de matériaux sont ainsi assemblés pour apporter une épaisseur différente ou une caractéristique différente ou pour s’adapter à l’usage.

Ci-dessous nous avons par exemple :

  • une garniture de tatami en polyuréthane sur un support en contreplaqué pour assise de banc par exemple, vissée à la structure (d’où la planche épaisse)
  • une garniture sandwich en fibre de bois avec au milieu du polystyrène
  • une garniture en polystyrène
tatami japonais traditionnel

Différents tatami doko pour tatamis épais

Pour les tatamis moins épais voir fin (à partir de 10 mm), plusieurs couches sont assemblées par couture. Pourquoi les tatamis sont-ild cousus ? Afin de changer facilement la partie abîmée.

tatami doko fabrication tatami fin japon

Tatami fin : plusieurs matériaux sont assemblés ici

L’ajustement du tatami est la partie la plus importante du travail de l’artisan qualifié en tatami, le tatamiya-san. Ici une grande partie se fait à l’usine avec cette machine. En cas de problème sur le chantier, les employés ont les compétences nécessaires pour sur le lieu de pose découdre et recoudre manuellement le tatami.

Le tatami doko est ajusté ici sur cette grosse machine pour couper.

garniture tatami fin japon

Les différents matériaux cousus ensemble de la garniture du tatami

Une fois le tatami doko ajusté, il est temps de le coudre avec le tatami omote.

  • Etape 2 : le tatami omote

La fabrication du tatami, qui ne l’est pas encore, continue avec l’assemblage, par couture et l’ajustage. Dans l’exemple ci-dessous, nous avons affaire à un tatami fin, sans heri. Le process est alors un peu différent de celui traditionnellement utilisé.

Afin de facilité le changement de la partie supérieure, l’omote, seuls les bords sont cousus avec le tatami doko. Traditionnellement réalisée à la main sur le chantier par les artisans, cette opération fastidieuse et assez physique est ici mécanisée. En cas de changement, soit le tatami est ramenée à l’usine, soit le changement est fait sur place.

Le « tapis » de dessus était historiquement le « tatami » : tatami veut dire « pliage » (pas dans le sens origami, mais celui de plier ses vêtements). Ce tapis tressé venu de Chine, dans l’histoire du tatami, était rangé après usage. Les japonais changèrent plus tard son utilité et sa forme.

L’igusa ou les autres matières comme les revêtements propylènes sont fournis par des entreprises japonaises. Toutefois la structure tissée, quelque soit le revêtement naturel ou non, rend l’omote fragile sur les bords. C’est le rôle du heri que de marquer et de solidifier les bords. Dans le cas de ce tatami fin (10 mm), point de heri.

Les bords sont repliés et encollés.

L’artisan fignole ensuite le travail à la main.

Fils qui dépassent, collage pas propre… tout est corrigé pour que le tatami s’encastre bien avec les autres et avec les murs – le plus délicat, car aucun mur n’est réellement droit.

tatami épaisseur 10 mm japon

Le tatami fin de 10 mm est terminé

  • Etape 3 : le tatamigeri

La bordure ou heri est très importante pour solidifier l’ensemble. Dans cette usine, la ligne des tatamis épais est séparée. Celle-ci dispose d’une machine que les artisans possèdent souvent sur un seul côté – ici chaque côté est cousu en même temps.

L’aspect esthétique mais aussi la solidité du tatami sont en jeu ici ! Une machine moderne s’occupe de tout : il faut 2 opérations par tatami (car 4 côtés).

tatamigeri heri bord tatami japonais

On aperçoit sur la machine le bout de papier marron et le tissu par dessus (violet/mauve) qui font le tatamigeri

La fabrication du tatami est alors terminée. Mais si elle paraît simple, elle est en fait très compliquée !

Points à retenir de la fabrication d’un tatami

Le savoir-faire et l’innovation sont très importants dans ce cas particulier.

Le savoir faire repose sur :

  • la connaissance des matériaux
  • la connaissance de la fabrication manuelle
  • la qualité de prise de mesures sur le site de pose

Le dernier point est absolument essentiel. La règle est qu’une pièce de monnaie de 100 Yens ne doit pas pouvoir passer entre les tatamis. Soit environ 1/2 mm. Il faut donc que les tatamis s’ajustent parfaitement à la pièce : les tailles standards sont donc indicatives. Si vous souhaitez équiper une pièce de tatami, vous êtes obligé de faire appel à un artisan ou prendre les mesures de la pièces selon un damier (chaque côté est divisée en 4 mesures). Il faut en effet voir si le mur est incurvé de 1 mm ou 2, si un côté est plus long de 1-3 mm que l’autre.

Enfin afin que les tatamis puissent s’encastrer, les tatamis ne sont JAMAIS à bord droits : vérifiez bien ce point !

tatami bord biseau savoir-faire japonais

Bord biseauté pour encastrer facilement les tatami (en haut notez les tatamis traditionnels, 3 fois plus lourds que les modernes)

L’innovation, elle, se base sur ces points là pour :

  • mécaniser l’ensemble de la production
  • réaliser de nouveaux produits
  • réaliser de nouvelles formes

Le tatami devient alors un objet de décoration en amenant une touche japonaise sensible et zen, ou au contraire, emplie de « j-pop culture ».
Mais c’est une autre histoire que nous n’aborderons pas cette fois-ci !

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